Zététique & Idéation : pour innover efficacement il faut savoir douter

Zététique & Idéation : pour innover efficacement il faut savoir douter

Il vaut mieux chercher des questions que des idées ! C’est ce que suggère l’étude publiée dans le HBR par le professeur Hal Gregersen, directeur exécutif du MIT et maître de conférences en leadership et innovation. De là à conclure qu’un challenge de questions est plus efficace qu’un challenge d’idée, il n’y a qu’un pas !

Traditionnellement très employé dans la majorité des entreprises, les brainstormings visent à rechercher des réponses à une question précise (nous y sommes conditionnés depuis le plus jeune âge), l’intérêt de ces réunions étant avant tout de faire émerger des idées nouvelles et des solutions originales.

Toutefois, le fait d’attendre des participants exclusivement des réponses tend à freiner la créativité collective faute d’interactions, à l’inverse des questions, qui elles favorisent l’échange et intensifient la réflexion en groupe.

Or, aujourd’hui, nous constatons que la sollicitation de l’intelligence collective pour provoquer une série d’interrogations apporte de nouvelles perspectives en matière d’innovation collaborative. En effet, bien que cela rajoute une étape dans le processus d’innovation, Brainstormer par les questions et non par les idées constitue une force dans les démarches de créativité.

Le brainstorming par les questions vise à inverser le mode de réflexion traditionnel. Le principe n’est plus de poser une question et d’attendre des propositions de solutions mais bien d’inviter un groupe à interroger l’existant (sur un périmètre prédéfini) pour alimenter la phase de divergence (1 ère étape de tous processus de créativité collectif).

Ainsi, lorsque l’entreprise lance un challenge de questions elle fait preuve d’humilité en autorisant les salariés à questionner sa stratégie, son positionnement et son mode de fonctionnement, ce qui fait implicitement appel à l’empathie du salarié à son égard qui se sent alors investit d’une mission et est plus enclin à participer. Conséquence directe, un engagement plus important.

La méthode CK ou l’art de questionner systématiquement l’espace des savoirs (http://comment-innover.fr/category/lina-alami/concepts-methodes/theorie-ck/)

Souvent utilisée pour la conception d’un nouveau produit « en rupture », la méthode CK vise à valider ou potentiellement à remettre en question tous les attributs d’un concept en interrogeant « l’espace des connaissances » afin de lui trouver des alternatives plausibles. Ces alternatives deviennent les attributs d’un nouveau concept qui à son tour va pouvoir se confronter à l’espace des connaissances. En multipliant ces questionnements successifs, CK conduit naturellement à un concept disruptif dont il faudra ensuite évaluer la faisabilité.

Un challenge de questions exploite ce même mécanisme en autorisant chacun à reconsidérer l’existant dans le but de pouvoir s’en éloigner (si cela apporte de la valeur au concept).

Le challenge de questions permet donc de générer une multitude d’interrogations qui appelleront naturellement des réponses grâce des échanges constructifs. Ainsi, le salarié envisage un champ de possibles plus large. Il est autorisé à remettre en cause des principes profondément enracinés pour explorer de nouvelles pistes.

Dernier avantage, mais non des moindres, de cette démarche, elle permet d’impliquer des profils considérés comme trop « négatifs » dans l’entreprise, ces profils qui, dans la vie de tous les jours remettent en cause le fonctionnement et contestent les décisions sans jamais pouvoir proposer de solutions concrètes (faute de dispositif adapté ou de légitimité pour le faire). Ces profils dits contestataires ont pourtant de la valeur car ils imposent à l’entreprise de s’interroger sur certaines décisions.

Il semblerait donc, si l’on en croît le professeur Hal Gregersen, que la zététique ou principe du doute systématique semble être un bon moyen de booster un processus d’innovation collaboratif et d’opérer une véritable transformation de culture dans l’entreprise.